Lundi 22 septembre au soir, Ouagadougou, Bamako et Niamey ont parlé d’une seule voix. Dans un communiqué conjoint, les trois États membres de l’AES déclarent quitter la Cour pénale internationale « avec effet immédiat ». Une décision qui s’inscrit, selon eux, dans une volonté de « réaffirmer pleinement leur souveraineté ».
Les raisons de création d’une Cour pénale sahélienne
Les juntes au pouvoir accusent la CPI d’être incapable de juger équitablement les crimes de guerre, de génocide ou contre l’humanité. Elles estiment que l’institution, basée à La Haye, est utilisée comme un outil par l’Occident pour cibler prioritairement des dirigeants africains.
Au lieu de la CPI, les trois pays veulent bâtir leurs propres mécanismes de justice. Objectif : créer une Cour pénale sahélienne “endogène” pour consolider la paix et juger les crimes les plus graves sur leur territoire.
Techniquement, la procédure de sortie d’un État de la CPI ne devient effective qu’un an après le dépôt officiel de la demande auprès du secrétariat général de l’ONU. Mais politiquement, le geste est déjà lourd de sens.
Un basculement géopolitique assumé
Les pays de l’AES multiplient les alliances hors du giron occidental, notamment avec la Russie de Vladimir Poutine, elle-même visée par un mandat d’arrêt de la CPI. Dans un contexte marqué par les violences jihadistes et les accusations contre leurs armées, cette rupture illustre leur stratégie souverainiste.
Créée en 2002, la CPI compte encore 125 États membres. Mais elle n’a jamais réussi à faire consensus : plusieurs grandes puissances comme les États-Unis, la Chine, Israël ou la Russie n’en font pas partie. Et en Afrique, son image reste brouillée par l’impression d’une justice “à deux vitesses”.
Avec ce retrait coordonné, l’AES envoie un message clair : tourner la page des institutions jugées occidentales et imposer ses propres règles du jeu. Reste à savoir si cette stratégie renforcera leur souveraineté ou accentuera leur isolement diplomatique.
E. Kuyo