La victime s’appelait Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de chirurgie dentaire. Originaire de Matam, dans l’est du pays, il est décédé aux alentours de 19 heures, selon l’amicale de la faculté de médecine. D’après ses camarades, il aurait été agressé dans sa chambre, alors qu’il ne participait pas aux manifestations. Les circonstances exactes de sa mort restent à établir ; une autopsie doit être réalisée.

Une colère étudiante nourrie par le retard des bourses
Depuis plusieurs semaines, les universités sénégalaises sont le théâtre de protestations liées au non-paiement d’arriérés de bourses étudiantes. À l’UCAD, la tension a culminé lundi malgré la réouverture des restaurants universitaires dans la matinée. Les étudiants réclament le versement intégral de leurs allocations, dénonçant des retards persistants.
Dès les premières heures du jour, des véhicules blindés des forces de défense et de sécurité ont pénétré à l’intérieur du campus social, une présence inhabituelle qui a rapidement exacerbé les tensions. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés, y compris dans les résidences universitaires. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des couloirs envahis par la fumée, des étudiants suffocant et tentant de fuir. Des incendies se sont déclarés dans certaines chambres, provoquant des scènes de panique.
Un lourd bilan humain
Le bilan est lourd. Plus d’une centaine de blessés ont été recensés, certains soignés sur place, d’autres évacués vers l’hôpital de Fann, situé à proximité du campus. Environ une centaine d’interpellations ont également été signalées. L’infirmerie de l’université, rapidement saturée, a eu du mal à faire face à l’afflux de blessés.
« Il y avait trop de blessés, certains avaient le nez cassé, d’autres des blessures aux yeux », témoigne Cheikh Atab Agna, étudiant en médecine ayant participé à la prise en charge des victimes.

Des étudiants contraints de quitter le campus
Face à l’escalade de la violence, de nombreux étudiants ont préféré quitter le campus, sacs et valises à la main, pour rejoindre leurs familles. « La situation dégénère. On a été gazés. Je suis asthmatique, je ne pouvais pas rester », confie Fatimata Diop, étudiante en mathématiques, en partance pour Thiès.
À l’origine de cette crise, un bras de fer autour du paiement des bourses. Les propositions d’aménagement avancées par la direction des bourses n’ont pas convaincu. Des étudiants ont alors lancé des « journées sans ticket », refusant de payer l’accès aux restaurants universitaires, entraînant leur fermeture et l’intervention des forces de l’ordre.
Fermeture du campus et réactions politiques
Ce mardi à la mi-journée, les autorités ont annoncé la fermeture du campus social jusqu’à nouvel ordre pour des raisons de sécurité. Le Centre des œuvres universitaires de Dakar a également annoncé la mise en place d’un accompagnement psychologique.
La mort d’Abdoulaye Ba a suscité une vague de condamnations. Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (Saes) exige le retrait immédiat des forces de l’ordre du campus. Sur le plan politique, l’Alliance pour la République (APR), parti de l’ancien président Macky Sall, dénonce le franchissement d’une « ligne rouge » et réclame la démission du ministre de l’Intérieur.
Le gouvernement a présenté ses condoléances à la famille du défunt et promis de faire toute la lumière sur ce drame. Si le calme est revenu sur le campus déserté, le choc demeure profond.
E. Kuyo